Les Echos, les ovnis et le cygne noir

Les objets volants non identifiés (ovnis) étaient à la une du magazine Les Echos Week-End du 29 mai 2026. On aurait pu s'attendre à une analyse économique d'une éventuelle divulgation. Comme il n'en a rien été, il ne reste plus qu'à faire le travail. On en profitera pour corriger les approximations formulées sur le constat général. 

 
Les Echos, le cygne noir et les ovnis


D'entrée de jeu, il y a de quoi s'étonner du vocabulaire adopté par l'éditorialiste des Echos1 pour définir les ovnis. D'abord évoquées comme « une intelligence extraterrestre », les manifestations reviennent dans la phrase suivante sous la forme de « phénomènes aérospatiaux paranormaux ». Parler de phénomène aérospatial non identifié (PAN) serait plus indiqué puisque c'est l'appellation employée officiellement par la cellule spécialisée du CNES, à savoir le Groupe d'études et d'informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (GEIPAN). L'emploi du mot paranormal laisse entrevoir un a priori signifiant. Selon la définition qu'en fait Wikipédia, « le paranormal est un terme utilisé pour qualifier un ensemble de phénomènes supposés qui ne sont ni observables, ni explicables scientifiquement ». En toute honnêteté, Wikipédia classe également les ovnis dans cette catégorie, ainsi que des phénomènes annexes ou qui peuvent s'y rattacher (crop circle, poltergeists, apparitions…). Mais je vois là une contradiction évidente qui nécessite une mise à jour. Si tous ces phénomènes, et particulièrement celui des ovnis, n'étaient pas « observables », ils ne seraient pas enregistrés sur des images fixes ou animées qui sont au cœur des dossiers récemment déclassifiés par le Pentagone. La définition plus académique de paranormal se traduit par des faits « dont l'existence même est contestée et qui ne pourraient être expliqués que par l'intervention de forces inconnues ». Là encore, il me semble que convoquer le paranormal est déplacé, car la présence même du phénomène n'est plus contestée. Cette affirmation se vérifie par les publications de l'administration américaine qui met ainsi fin à des années de désinformation et de dénégation. Et c'est bien là, et là seulement pour l'instant que se situe l'aspect révolutionnaire de cette récente déclassification. Heureusement, l'édito rattrape son contenu par son intitulé : « une nouvelle révolution copernicienne » – sans point d'interrogation ! Et la seconde révolution, trop largement passée inaperçue par les médias généralistes, réside dans le fait même que Les Echos commence à prendre au sérieux les ovnis sur sept pages. Aucun orateur n'aurait osé évoquer cette hypothèse lors de l'Echo Event2 de 2023. Je note au passage que le site de l'évènement vient de renouer avec la configuration qu'il avait abandonnée depuis sa clôture – soubresaut technique ou prémisse d'une autre édition ? À surveiller.


Cependant, pour revenir à notre dossier dans Les Echos, les espoirs qu'avait éveillés le titre de l'éditorial se voient rapidement atténués. C'est ainsi qu'on se surprend à vérifier s'il n'y a pas autre chose à lire après le point final de l'article central tant on reste sur notre faim. La concrétisation du phénomène et une éventuelle divulgation à venir ne manqueraient pourtant pas d'agiter le Landerneau économique dont le journal se fait écho, sans mauvais jeu de mots. De plus, la technologie inédite que l'on devine derrière le phénomène, à travers ses prouesses aéronautiques, implique des enjeux financiers qui auraient pu être envisagés. Et au-delà de l'avantage concurrentiel, il est évident que les nations qui entreront en possession de ce savoir-faire dans une perspective militaire dépasseront les capacités des états demeurant dans le cadre d'un équipement classique. Bien d'autres angles d'une divulgation pourraient influencer le monde. Mais ces multiples perspectives et leurs conséquences sont laissées de côté. Comme si l'auteure n'était pas encore très sûre de ce dont il s'agit. Comme s'il était plus prudent de ne pas aller trop loin si jamais il s'avérait que le sujet redevienne toxique. Il faut dire qu'après avoir amorcé la déclassification, Trump ne facilite pas la tâche aux démystificateurs. C'est ainsi qu'à l'adresse https://www.whitehouse.gov/aliens/, le président américain joue allégrement sur la confusion entre son opération vérité sur les ovnis et sa politique visant à expulser les migrants3.


Et puis l'effet pourrait s'avérer inverse, tout du moins dans un premier temps. Une ancienne experte de la Banque d'Angleterre a défrayé la chronique en début d'année 2026. Helen McCaw, analyste financière de haut niveau, averti que « la divulgation des UAP est susceptible de provoquer un choc ontologique et de susciter des réactions psychologiques ayant des conséquences matérielles4 ». Mais de toute évidence, le dossier des Echos n'avait pas pour objectif d'angoisser le lecteur : c'est la partie magazine et « week-end » du quotidien qui l'héberge, en mode « Friday UFO »…


Soit. Alors quitte à ne pas entrer dans la prospective, on aurait au moins apprécié un tour d'horizon qui reflète davantage la réalité de la situation. Par exemple, en ce qui concerne le GEIPAN, il est abusif de dire que « le GEIPAN n'a pas accès à des traces factuelles, radars ou captures infrarouges ». Travaillant en collaboration avec la gendarmerie et l'aviation civile, le GEIPAN est bien plus en mesure d'atteindre ces données qu'un chercheur indépendant. Par contre, le GEIPAN est très clair sur ses attributions. Comme il est indiqué sur son site : « Le GEIPAN n'est pas un spécialiste du phénomène mondial, ni un organisme de recherche, sur la vie extraterrestre ou sur les technologies avancées ou futuristes pouvant expliquer des visites d'extraterrestres. Il n'en est rien ; ce n'est ni dans ses prérogatives, ni dans ses compétences, conformément aux missions du CNES qui n'est pas un organisme de recherche5. » Une fois ceci posé, la question est donc de savoir s'il est dans l'intérêt du GEIPAN de pousser les investigations. Ne pas opter pour la solution la plus simple, c'est risquer de se retrouver avec bien plus de 3% d'affaires inexpliquées. Mais ces dernières se verraient être autant d'impasses que son mandat limité ne lui permettrait pas d'étudier plus avant. Dans ces conditions, il est compréhensible que le GEIPAN ne s'embarrasse pas de données qui pourraient élargir le champ des possibles, quitte à passer à côté d'éléments décisifs. Ce ne serait pas la première fois en France que le « pas de vague » serait préféré au réalisme afin de protéger les apparences et l'ordre des choses – économique, notamment.


D'ailleurs, pour rester dans la thématique de l'ordre des choses, en général on se rassure en pensant que le changement s'effectue souvent si lentement qu'il en est imperceptible. C'est éventuellement cette idée qui fait dire à Jacques Vallée que la relativité et la mécanique quantique sont relativement incompatibles – enfin, tout du moins si j'en crois ses propos rapportés dans Les Echos. Cependant, il est étonnant qu'un homme si pointu dans le domaine scientifique ne soit pas averti des dernières avancées6 qui remettent justement en question cet ordre des choses. Cette déclaration se poursuit en précisant que « ni l'une ni l'autre n'expliquent ces phénomènes ». L'ensemble de cette citation, dont l'article ne précise pas dans quel cadre elle a été récupérée, me semble au final pour le moins singulière. D'abord, Jacques Vallée a toujours soutenu l'hypothèse interdimensionnelle, qui s'appuie implicitement sur des concepts quantiques. Couverture du livre : Les ovnis et nos origines – Un puzzle quantique De plus, le personnage est suffisamment aguerri et intelligent pour ne pas fermer la porte à une science qui est en perpétuelle évolution, comme le montrent encore récemment ses développements dans le cadre de la biologie quantique. Enfin, et là permettez-moi de prêcher pour ma paroisse, mon dernier ouvrage est justement la démonstration du contraire. Dans Les ovnis et nos origines – Un puzzle quantique, je propose une théorie unificatrice qui relie ovnis, physique quantique et biologie quantique. Une connaissance basique de ces domaines et de l'ufologie autorise à constater des similitudes.


Enfin, le dossier des Echos se termine par la farce hors sujet du programme RADAR. Je vous invite à lire mon article7 sur le traitement des ovnis par la RED TEAM DÉFENSE, puisque de toute évidence la Direction Générale de l'Armement (DGA) en a modifié l'appellation pour poursuivre les mêmes objectifs. Le problème, c'est que cette affaire n'a aucun rapport avec les ovnis, comme c'est d'ailleurs précisé dans Les Echos... Mais pourquoi est-il question d'un programme de la DGA qui ne parle pas d'ovnis dans un papier qui s'y consacre intégralement ? L'intitulé du paragraphe nous apporte la réponse : « Pas de preuve crédible » ! Voilà qui nous ramène aux précautions formulées en début d'article. Cela relativise le titre alléchant de l'édito qui parlait de « révolution copernicienne », et rassurera les investisseurs et les boursicoteurs qui commençaient déjà à se demander comment placer leurs fonds pour anticiper le jour de la divulgation. Cependant à leur décharge, il est tout à fait logique que les élites s'amusent à se faire peur sans envisager le pire lorsque l'on connaît l'histoire de l'ufologie. En effet, si les déclassifications officielles devaient forcément aboutir à une divulgation, alors le Brésil aurait inauguré le mouvement avant 2010.


Donc tout va bien, tout du moins pour l'instant. Si ce n'est cette manière de poursuivre le traitement de l'actualité des ovnis par les médias. Ces derniers s'enferrent8 dans l'irresponsabilité face à un phénomène protéiforme qui a déjà démontré son caractère de nuisance aux dépens de l'humanité, et son imprévisibilité. Mais le titre du dossier – Les ovnis, de la fiction à la science – aurait dû nous préparer à cette issue. Il faudra plus qu'un nouvel étalage de documents et de vidéos pour ébranler les marchés, et avant eux, les scientifiques. Le jour de la divulgation se traduira par une pression populaire qui débordera le « refus d'obstacle de la communauté scientifique où la stigmatisation de ses membres qui s'intéressent aux ovnis maintient l'inertie intellectuelle sur le sujet9 ». Et pourtant, comme l'analyse clairement et de manière synthétique une étude du cabinet Deloitte10 publiée en mars 2026, une divulgation est un des cygnes noirs à prévoir. Le statisticien Nassim Taleb avait choisi la métaphore du volatile parce que, pendant des siècles, les Européens pensaient que tous les cygnes étaient blancs ; la découverte de cygnes noirs a montré qu'une certitude jugée universelle pouvait être fausse. À la différence d'une potentielle divulgation, la découverte du cygne noir n'a pas bouleversé la vie courante du citoyen à l'époque, sauf erreur de ma part. Celle d'un autre type d'organisme vivant, volant et mû par une intelligence venant d'ailleurs aura certainement davantage de conséquences.


L'officialisation de l'existence d'une intelligence non humaine pourrait créer des perdants (modèles économiques obsolètes, industries du mystère), mais aussi des gagnants – ceux qui sauront se repositionner rapidement sur les nouvelles priorités technologiques, scientifiques et industrielles. L'anticipation réfléchie est préférable à une réaction contrainte, autant en économie qu'en ufologie. Mais le document nous rappelle que le problème dépasse largement le cadre économique en se concluant ainsi : « la résilience sociétale dépend du maintien de la confiance institutionnelle et de la cohérence narrative. Les sociétés caractérisées par un capital social fort et un leadership crédible sont bien mieux placées pour absorber les divulgations de NHI (non‑human intelligence) ou d'UAP (unidentified anomalous phenomena) sans sombrer dans une déstabilisation systémique. »


De nos jours, dans des pays comme la France, le communautarisme rivalise avec le vivre ensemble, et parfois même de manière violente. Plus généralement à travers le monde, l'information ne dispose plus de référentiels unificateurs. D'autre part, les décisions de certains de nos gouvernants semblent quelquefois erratiques. Et par conséquent, les équilibres déjà précaires entre les nations sont mis à rude épreuve. Dans ce cadre instable, saurons-nous surmonter nos propres faiblesses, confrontés à un danger exogène dont nous avons déjà du mal à accepter la réalité ? En d'autres termes, dépasserons-nous les vicissitudes bien terrestres de notre époque face à la menace ufologique qui se profile de plus en plus distinctement? Ami, il est grand temps d'entendre le vol noir du cygne extranéen sur la plaine de nos certitudes galvaudées.



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Article mis en ligne le 2 juin 2026.

1 Pécresse, J. (2026, May 29). Et si les ovnis étaient la prochaine révolution copernicienne ? Les Echos. https://www.lesechos.fr/weekend/chroniques/et-si-les-ovnis-etaient-la-prochaine-revolution-copernicienne-2233945

2 Echodti. (2023, 9 mars). Accueil-fr - Echo-event. Echo-event. Consulté le 1 juin 2026, à l'adresse https://echo-event.com/fr/accueil-fr/

3 Deiana, A., Cardona, S., & Agence de Vérification de L'information Radio France. (2026, 29 mai). Avec « Aliens.gov » , la Maison Blanche détourne les révélations autour des extraterrestres pour cibler les sans-papiers. Franceinfo. https://www.franceinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/avec-aliens-gov-la-maison-blanche-detourne-les-revelations-autour-les-extraterrestres-pour-cibler-les-sans-papiers_8035601.html

4 Sadgui, S. (2026, January 19). Marché : Quand une ancienne analyste de la Banque d'Angleterre prévient son ex-employeur qu'il doit se préparer à un choc financier provoqué par des extraterrestres. BFM Bourse. https://www.tradingsat.com/actualites/marches-financiers/quand-une-ancienne-analyste-de-la-banque-d-angleterre-previent-son-ex-employeur-qu-il-doit-se-preparer-a-une-crise-financiere-provoquee-par-des-extraterrestres-1154527.html

5 Mission & Geipan | GEIPAN. (n.d.). GEIPAN. https://www.cnes-geipan.fr/fr/node/58792

6 Nicot, F. (2026, February 2). Relativité : vers un lien inédit entre gravitation et physique quantique. Sciences Et Avenir. https://www.sciencesetavenir.fr/fondamental/relativite-vers-un-lien-inedit-entre-gravitation-et-physique-quantique_190806

7 Willmore. (n.d.). OVNI : Le Parisien dévoile la vérité. . . | conspiration.org. http://frenzy.chez.com/ovni_parisien.html

8 Willmore. (n.d.). Ovnis : Le climat est au scepticisme | conspiration.org. http://frenzy.chez.com/ovnis%20-%20Le%20climat%20est%20au%20scepticisme.html

9 Willmore. (2025). L'hypothèse interdite. Independently published – Amazon, p. 215. https://amzn.to/4dHS4zG  




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